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28 novembre 2018

Les évaporés - Thomas B. Reverdy

Comme l'auteur devait venir dans une des librairies proches de chez moi pour parler de son dernier roman, je me suis dit qu'à cette occasion il serait bien de découvrir un de ses précédents titres. Le fait que "L'hiver du mécontentement" a été retenu dans la dernière sélection du Goncourt m'a d'autant plus motivée à sortir "Les évaporés" de ma PAL.

Dans ce roman au résumé alléchant Thomas B. Reverdy nous emmène au Japon. En compagnie de Richard, ancien détective privé et de Yukiko, son ex-compagne qu'il aime toujours on part à la recherche du père disparu de la jeune japonaise. C'est un Japon moins connu qui est décrit, celui des yakuzas (mafieux japonais), des travailleurs pauvres et des paysages ravagés par le tsunami et la catastrophe de Fukushima.

Le début était prometteur mais au fil des pages mon intérêt pour ce roman a commencé à faiblir et je l'ai terminé en diagonale. Dans l'ensemble j'ai trouvé ce livre assez inégal. Si certains chapitres sur le Japon et ses coutumes sont assez intéressants, d'autres un peu plus descriptifs et poétiques m'ont plutôt ennuyée. Quant à ses personnages j'ai ressenti un brin de sympathie pour Kaze, le père de Yukiko, et son jeune protégé mais le couple mal assorti et la passion de Richard pour Yukiko m'ont laissée de marbre. Cette enquête qui s'annonçait bien finalement ne m'a pas beaucoup passionnée et la vision du Japon qu'a l'auteur ne m'a pas vraiment enthousiasmée.

A en croire de nombreux éloges sur "Les évaporés", j'ai dû passer à côté de ce roman. Dommage. Je ne suis pas allée rencontrer l'auteur et je manque de motivation pour entamer "L'hiver du mécontentement".

Flammarion - 2013 - 304 pages





18 novembre 2018

Les Garçons de l'été - Rebecca Lighieri

Ce roman a eu beaucoup de succès auprès des blogueurs et sur les réseaux sociaux. Je crois n'avoir remarqué aucun avis négatif le concernant, j'ai donc voulu me faire ma propre opinion. 

Une famille bourgeoise modèle: deux beaux et brillants garçons qui adorent le surf, une petite sœur surdouée, une mère aimante et très présente et un père qui fait tout pour que ses proches ne manquent de rien. Quand un des deux frères se fait mutiler par un requin, l'équilibre de cette famille en apparence parfaite est sérieusement ébranlé. 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi addictif. La parole est donnée à tour de rôle à tous les membres de la famille. Chacun donne son point de vue, ils ont tous des secrets qui sont révélés au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire. J'ai beaucoup aimé ce roman choral qui nous plonge dans l'intimité vraie des personnages, dans leurs mensonges réciproques et dans l'apparence qu'ils se donnent. Si je devais émettre une petite réserve, elle concernerait la fin que j'ai trouvée un peu trop rocambolesque. Ceci dit cela ne m'a pas empêchée de passer un très bon moment de lecture. 

Un thriller psychologique absolument palpitant que j'ai dévoré.


P.O.L. - 2017 - 448 pages


28 octobre 2018

Miss Sarajevo - Ingrid Thobois #MRL18

Voici un roman de la rentrée littéraire dont on a très peu parlé et c'est bien dommage. Sélectionné par Antigone, une des cinq marraines des Matchs de la Rentrée Littéraire de Rakuten, je ne regrette pas du tout de l'avoir choisi parmi les quinze romans proposés.

Joaquim est un reporter de guerre qui vit dans un petit appartement parisien entre deux voyages, où rien n'a changé depuis des années. Appelé par un notaire qui lui apprend la mort de son père avec lequel il n'a plus de contact, il se rend à Rouen, sa ville natale. Il n'y est pas retourné depuis l'enterrement de sa mère il y a plus de vingt ans. Dans le train les souvenirs, souvent douloureux, resurgissent: son enfance, le suicide de sa sœur Viviane, la maladie de sa mère, l'absence de son père, son amour pour Ludmila et son séjour à Sarajevo en guerre. Grâce à l'alternance d'images et d'événements qui ont marqué et façonné sa vie d'adulte on plonge dans le passé intime de Joaquim.

Beaucoup de non dits et de souffrances dans ce petit roman qui n'est pas certes des plus joyeux mais qui m'a beaucoup plu. Une multitude de thèmes abordés: des relations familiales compliquées, la mort, la maladie, l'absurdité de la guerre. J'ai beaucoup aimé cette succession de tableaux, d'un chapitre à l'autre on passe de la perte de sa sœur après un suicide à son amour pour Ludmila, une réfugiée bosniaque, de l'enfance de Joaquim au vécu du siège de Sarajevo où se prépare un concours de beauté. De courts chapitres comme les flashs d'un appareil photo, d'ailleurs on y trouve pas mal de références à la photographie.

Malgré la cruauté de la vie qu'il décrit et la tristesse qui s'en dégage, ce roman est empreint d'une certaine douceur, la beauté de l'écriture y est sûrement pour quelque chose:
Photographier, ce n'est pas raconter la vérité. C'est délimiter par un champ  l'opération d'exister, et la fixer. C'est inventer un monde de gestes dépourvus de leurs conséquences: un éclair sans la foudre, une chute sans impact...
On ne peut pas cesser d'être photographe, de même qu'un écrivain ne peut rien opposer à sa porosité au monde, ni à ce double foyer qui lui sert de regard. Mais il arrive, pour toute sorte de raisons, que l'on choisisse, momentanément ou définitivement, de ne plus écrire, de ne plus photographier.
On ne conserve jamais que des traces de nos expériences fondatrices, des clichés flous, des images en apesanteur, si fragiles qu'à s'en saisir on risquerait de les pulvériser. Faute d'étalonnage au moment de les vivre, elles dérivent dans la mémoire et peinent à s'y fixer.
Le voyage, à vingt ans, est une éblouissante leçon d'humilité et l'école la plus formatrice. L'âge venant, il amène à poser sur le monde le constat de sa finitude.
Le temps n'est qu'un drap jeté sur les souvenirs, qu'une saut de vent suffit à découvrir.
Ce n'est ni le courage ni la détermination qui auront guidé ses pas de pays en pays, de ville en ville, de conflit en conflit, de risques en risques, mais l'impossibilité de demeurer immobile avec le souvenir de Viviane et la nécessité de la rechercher de corps en visage, de terre en mer, de bruit en silence.
Le père de Joaquim et Viviane était cet homme à l'affût, posté en lisière d'une famille qu'il avait construite comme malgré lui, ou bien par accident, et qu'il regardait souvent comme un corps étranger, une greffe à sa vie.
Buchet - Chastel - 2018 - 222 pages


30 septembre 2018

Tenir jusqu'à l'aube - Carole Fives

J'avais envie de lire cette auteure depuis son passage à la Grande Librairie pour présenter "C'est dimanche et je n'y suis pour rien". C'était il y a 3 ans, entre temps Carole Fives a écrit "Une femme au téléphone" qui a eu de bonnes critiques mais c'est avec son dernier roman que je découvre enfin son écriture. 

J'ai emprunté "Tenir jusqu'à l'aube" sans vraiment savoir de quoi il parlait et j'ai bien fait car en connaissant le sujet du roman je pense que j'aurais hésité. Une mère célibataire et isolée qui élève un petit garçon de 2 ans et qui, pour souffler un peu, s'accorde certains soirs de petites escapades en ville en laissant le petit seul à la maison. Franchement pas très tentant comme sujet. J'ai donc entamé ma lecture avec une certaine méfiance mais très vite j'ai été happée par une écriture vive, un propos direct et une tension qui monte tout au long du récit. Tout cela ne m'a pas permis de lâcher le roman jusqu'à la dernière page. 

La vie n'est pas facile quand le père de l'enfant ne donne plus aucun signe de vie, quand on est loin de sa famille et de ses amis, sans emploi fixe et quand l'enfant est plutôt du genre capricieux. J'ai eu beaucoup de peine pour cette mère qui essaie de joindre les deux bouts pour s'en sortir, son extrême solitude, son sentiment d'être abandonnée. On peut comprendre, sans pour autant l'approuver, ce besoin de souffler de temps à autre, de se libérer, de goûter à autre chose tout en étant consciente des risques encourus.

J'ai aimé le regard de l'auteure sur la société actuelle pour dénoncer la vulnérabilité des mères célibataires, leur solitude et leur précarité, le jugement des autres. Un court roman pas très réjouissant qui fait réfléchir et qui ébranle les certitudes du lecteur. Une histoire qui ne m'attirait pas de prime abord et que j'ai finalement trouvée très réussie.

Gallimard - 2018 - 192 pages




23 septembre 2018

Les Indésirables - Diane Ducret

Ce roman est l'histoire d'une amitié entre deux Allemandes, toutes les deux enfermées dans le camp de Gurs dès mai 1940. Un lien très fort va unir Eva, pianiste qui avait abandonné sa Bavière natale pour s'installer à Paris et Lise, une jeune juive qui avait fui l'Allemagne nazie avec sa mère. Toutes les deux entourées par d'autres femmes ont été regroupées au Vel d'Hiv avant d'être transférées au camp de Gurs dans les Pyrénées.

Créé à l'origine pour les réfugiés espagnols, ce camp d'internement va accueillir dès mai 1940 les Indésirables comme on appelait les ressortissantes allemandes résidant en France. Plus tard, il deviendra aussi un lieu d'emprisonnement pour les Juifs avant qu'ils soient envoyés dans des camps de concentration.

Pour écrire ce roman Diane Ducret s'est beaucoup documentée, a lu de nombreux témoignages. Elle s'en est inspirée pour imaginer ses personnages dont quelques-uns qui ont vraiment existé (commandant Davergne, Elsbeth Kasser, l'infirmière, Hannah Arendt). Si j'ai beaucoup apprécié son côté historique décrivant les conditions de vie dans le camp, je suis restée un peu à côté de cette histoire d'amitié. Je m'attendais à être plus émue, à éprouver plus de compassion, ce n'est que dans la dernière partie du roman que je commençais à m'attacher à ces femmes qui ont beaucoup souffert. 

Est-ce dû à une narration à la 3ème personne qui rend l'écriture un peu trop distante, à des passages par moments trop poétiques à mon goût, ou bien je ne l'ai tout simplement pas lu dans de bonnes conditions? J'en attendais peut-être un peu trop après avoir lu tant d'avis élogieux? Malgré ma petite déception, c'est un roman qui vaut le détour et que je recommande.

Flammarion - 2017 - 320 pages





2 septembre 2018

Un fils obéissant - Laurent Seksik

De cet auteur j'ai beaucoup aimé "L'exercice de la médecine" et j'ai entendu pas mal d'éloges sur ses autres romans ("Le cas Edouard Einstein" et "Les derniers jours de Stefan Zweig") qui me tentent aussi. Après avoir exploré dans ses précédents livres la relation père - fils, Laurent Seksik consacre son dernier roman à son propre père et les liens très forts entre eux. 

Je ne suis pas adepte de l'autofiction et avant d'entamer ma lecture je me suis demandée si ce roman allait me plaire mais très vite je me suis rendue compte que Laurent Seksik a des choses à raconter et il le fait d'une façon passionnante et avec une énorme délicatesse.

Dans l'avion pour Israël afin de se recueillir sur la tombe de son père un an après son décès, l'auteur confie à sa voisine de siège son histoire mais aussi celle de son père et de son grand oncle. Il évoque ses deux métiers de médecin et d'écrivain, le devoir et la passion. Il se dégage de ce texte très personnel beaucoup de respect et de pudeur mais aussi une certaine distance quand il parle de ses origines, de sa vie de famille et des métiers qu'il exerce. 

Ce roman sur l'amour filial est un très bel hommage à son père d'un fils sortant du deuil.

J'ai mis un certain temps à entamer cette lecture dans une période où j'avais perdu un peu l'envie de lire sans raison particulière. J'ai ainsi partagé le sentiment de l'auteur qui lui même avait perdu le goût de lire après le décès de son père. Petit à petit l'envie m'est revenue et j'ai repris mon activité favorite. "Un fils obéissant" y est peut-être pour quelque chose.

Quelques citations:
J'avais toujours pensé que le présent ne s'accordait pas avec mon écriture. Jusqu'à sa dernière heure, un être humain s'améliore ou régresse, il n'en a jamais fini avec lui-même. Le coucher sur le papier grave son caractère dans le marbre, lui ôte cette capacité d'évoluer. Ecrire son histoire avant qu'elle ne s'achève lui interdit toute possibilité de réconciliation avec les autres et avec lui-même, ravit sa part d'humanité à venir. 
Ce patient qui refuse de guérir malgré les moyens mis en oeuvre, déçoit les attentes, trompe les espoirs du médecin et trahit en quelque sorte l'essence de sa vocation. Il offense bien malgré lui la bonne volonté de l'équipe soignante. Au bout de quelque temps, las de se voir incompris, le médecin finira, inconsciemment, par se tourner vers d'autres patients compliants aux soins et dont l'état répondant au traitement flattera son ego.
L'esprit d'entreprise est comme l'âme des pionniers, il souffle à toute heure du jour et de la nuit. Nous devons être à son écoute pour concourir au bien-être et à la prospérité du monde libre.
Je le vois comme un puzzle qui, une fois la dernière pièce posée, résoudra une partie de l'énigme d'une vie, répondra peut-être aussi à la question de pourquoi j'écris. Peut-être que le mot "fin" viendra aussi clore cette période de deuil d'une année, m'aidera à tourner la page sans pour autant me conduire à l'oubli. Il y sera sans doute question de la façon dont j'ai accompagné mon père jusque dans ses derniers instants. 
Flammarion - 2018 - 256 pages


24 juin 2018

Eugenia - Lionel Duroy

Le passage de l'auteur sur le plateau de la Grande Librairie m'a déjà donné envie de découvrir cette histoire mais ce sont surtout les avis très enthousiastes de Nicole et de Delphine qui m'ont finalement convaincue de lire ce roman. 

Dans la Roumanie des années trente Eugenia est étudiante à l’université de Jassy, une ville de l'est du pays. Un jour elle est témoin de l'agression par un groupuscule antisémite d'un jeune écrivain juif Mihail Sebastian, invité à un débat par sa professeure de français. Elle prend conscience à ce moment-là de ce qui se passe dans son pays: ce n'était pas la première fois qu'un juif se faisait frapper sur mon chemin, mais c'était la première fois que je ne détournais pas le regard et me retrouvais à le défendre. Cette première rencontre va à jamais changer sa vie.

C'est à travers le personnage fictif d'Eugenia que Lionel Duroy met en lumière l'écrivain roumain Mihail Sebastian. Il se glisse dans la peau de cette jeune femme, qui en tombe amoureuse, pour nous parler de son oeuvre mais surtout pour nous dépeindre la Roumanie des années avant et pendant la seconde guerre mondiale. Dans ce pays coincé entre l'Allemagne fasciste et la Russie communiste l'antisémitisme gagne en force. Le pogrom de Jassy est un des douloureux épisodes de cette période et ce roman en est un témoignage saisissant.

J'ai donc beaucoup apprécié cette leçon d'histoire sur un pays dont je ne savais pas grand chose tout comme ce joli portrait féminin que l'auteur a réussi à rendre convaincant. J'ai suivi avec bienveillance cette jeune femme amoureuse et audacieuse qui n'accepte pas ce qui se passe autour d'elle et n'hésite pas à s'opposer à sa propre famille, même si cela lui impose des sacrifices: Nous croyons aveuglément en la parole de nos parents, et plus tard nous la reprenons à notre compte pour la transmettre à nos enfants. Pourquoi est-il si difficile d'aller contre cette parole, de s'éveiller au doute, puis petit à petit à la conscience d'une "vérité" différente?

C'était ma première rencontre avec Lionel Duroy et j'ai été comblée par cette lecture. De la grande histoire, un personnage fortement attachant, une écriture de qualité, Eugenia est un roman enrichissant qui incite à la réflexion. Je ne peux que vous le recommander.

Editions Julliard - 2018 - 504 pages





30 avril 2018

La valse des arbres et du ciel - Jean-Michel Guenassia

J'ai acheté ce roman, attirée par sa jolie couverture reproduisant un tableau de Van Gogh. Le résumé m'a intriguée et le nom de l'auteur ne m'était pas tout à fait inconnu. En effet, j'avais déjà entendu parler de son fameux "Club des Incorrigibles Optimistes".

Jean-Michel Guenassia imagine les dernières semaines de Vincent Van Gogh quand il arrive à Auvers  sur Oise pour se faire soigner par le Dr Gachet. Il y rencontre Marguerite, la fille du médecin, qui tombe éperdument amoureuse de lui. 

C'est elle qui se confie en nous révélant ses sentiments, ses ambitions, sa haine pour son père. Son récit est enrichi de coupures de presse de l'époque et d'extraits de lettres de Van Gogh, adressées à son frère Théo pour la plupart, qui nous permettent de mieux nous immerger dans l'ambiance de cette fin du XIXème.

Il s'agit d'une fiction qui pourtant n'est pas complètement infondée d'après certains sources, notamment en ce qui concerne le suicide de l'artiste. J'ai bien aimé ce point de vue qui met en lumière un être passionné par l'art, attentionné et moins ombrageux que ce qu'on aurait pu croire. J'ignorais sa soif de créer et sa prolificité à l'époque où il pouvait peindre un tableau par jour.

Le portrait de Marguerite Gachet est tout aussi intéressant. L'image de cette jeune fille indépendante et ambitieuse souffrant de l'absence de sa mère, prématurément décédée, contraste avec celle de son père despotique, cruel et égoïste.

Cette version imaginaire de la fin de vie de Van Gogh m'a donc beaucoup plu, d'autant plus qu'elle est si bien racontée. La qualité de l'écriture, la facilité avec laquelle l'auteur se glisse dans la peau d'une adolescente et des personnages bien incarnés constituent selon moi la belle charpente de ce roman bien réussi.

J'ai partagé cette lecture avec Jostein et je suis curieuse de connaître son avis.

Albin Michel - 2016 - 304 pages










29 avril 2018

La mise à nu - Jean-Philippe Blondel

J'ai été contente de retrouver Jean-Philippe Blondel avec ce nouveau roman. De l'auteur j'avais déjà lu "6h42", "Le Baby-Sitter" et surtout "Un hiver à Paris" qui a été un coup de cœur.

Louis est professeur d'anglais proche de la retraite. Il vit seul après son divorce et le départ de ses deux filles, il mène une vie tranquille dans une petite ville de province. Un soir pour tuer l'ennui il se rend au vernissage d'un de ses anciens élèves devenu un artiste peintre reconnu. Il ne s'attend pas alors à ce que cette rencontre bouleverse son quotidien paisible.

Dans ce roman aux accents autobiographiques l'auteur se sert de ces retrouvailles pour nous parler des liens familiaux qui se délitent, de la solitude, du temps qui passe. Le hasard et les rencontres qu'on fait façonnent notre vie et parfois peuvent la changer complètement. On se rend compte alors que l'image qu'on garde des autres ne correspond pas toujours à la réalité mais finalement on a peu d'occasions de constater ces différences.

J'ai bien aimé cette histoire, le personnage de Louis et cette rencontre avec son ancien élève. Par contre j'ai trouvé le portrait d'Alexandre peu convaincant. Peut-on encore devenir un peintre célèbre de nos jours? J'aurais presque préféré qu'il soit écrivain, acteur ou présentateur vedette pour gagner en crédibilité. 

Mis à part ce petit bémol ce roman se lit sans déplaisir, l'écriture de Jean-Philippe Blondel est toujours aussi plaisante et j'ai passé un agréable moment de lecture.

Buchet-Chastel - 2018 - 256 pages



29 mars 2018

Les Lisières - Olivier Adam

Si j'apprécie les lectures communes c'est parce qu'elles me permettent de faire baisser ma pile à lire. Quand un livre qui est resté quelques années dans ma bibliothèque s'avère un coup de cœur, je me réjouis d'autant plus. C'est ce qui s'est passé avec Les lisières d'Olivier Adam.

Paul Steiner, le double littéraire d'Olivier Adam, jouit d'une certaine notoriété en tant qu'écrivain. Il vit en Bretagne à proximité de son ex-compagne et de ses deux enfants et souffre beaucoup de cette séparation. Il retourne chez ses parents en banlieue parisienne pour aider son père vivant seul depuis l'hospitalisation de son épouse. Pour Paul c'est l'occasion de rencontrer ses anciennes connaissances mais aussi de dresser le bilan de ces années adolescentes dont il ne garde pas un très bon souvenir.

J'ai retrouvé dans ce roman les thèmes chers à Olivier Adam; un homme solitaire et fragile rattrapé par son passé, la banlieue parisienne qu'il a fuie, les côtes bretonnes et le Japon à la fois inspirants et apaisants.

D'aucuns qualifieraient ce roman de très sombre et pessimiste alors qu'il décrit la vie telle quelle est sans l'enjoliver. Certes, le portrait de la France d'aujourd'hui dressé par l'auteur n'est pas très réjouissant mais il est tellement authentique et son analyse de l'actualité et de la société françaises est si juste.

Je me suis bien sentie en compagnie de Paul Steiner, j'ai aimé son histoire et celle de sa famille, j'ai aimé sa vision du monde qui l'entoure, sa sensibilité et sa franchise. Si j'ai énormément apprécié cette lecture c'est aussi grâce au style direct de l'auteur, si reconnaissable à sa cadence et son rythme soutenus. 

Décidément, je ne me lasse pas des romans d'Olivier Adam et ça tombe bien, j'en ai encore trois dans ma bibliothèque.

J'ai partagé cette lecture avec Jostein

Flammarion - 2012 - 458 pages




18 mars 2018

Et soudain, la liberté - Evelyne Pisier ~ Caroline Laurent

Que d'éloges sur ce livre un peu particulier qui aurait pu ne jamais voir le jour. Evelyne Pisier meurt avant qu'il soit terminé et c'est son éditrice, Caroline Laurent, qui décide d'y apporter la touche finale comme elle l'a promis à celle qui était devenue son amie. J'ai moi aussi succombé à cette extraordinaire histoire de femmes, sa beauté et son originalité.

"Et soudain, la liberté" est l'histoire romancée d'Evelyne Pisier et de sa mère. Elles donnent vie aux personnages de Lucie et Mona et j'ai été fascinée par leurs destins hors du commun. On suit ces deux femmes d'exception pendant des années à travers les continents; l'Indochine, la Nouvelle Calédonie, Cuba juste après la révolution et la France des années soixante. J'ai été emportée par leur histoire; l'éveil de Mona aux idées féministes, sa soif de liberté et d'indépendance, son engagement militant, valeurs qu'elle a transmises à sa fille, tout aussi libre et engagée. J'ai adoré suivre leurs parcours marqués par des événements importants et des rencontres avec des gens remarquables.

Le récit est d'une telle fluidité qu'on a du mal à lâcher le roman auquel les interventions de Caroline Laurent apportent de la fraîcheur. J'ai apprécié ces petites parenthèses, souvent très personnelles, où elle fait part de son expérience d'éditrice devenue écrivaine. Cependant, quand elle donne quelques précisions en démêlant la réalité de la fiction, j'aurais préféré rester dans l'ignorance. 

Le roman a été élu second par les blogueurs du premier Grand Prix des Blogueurs Littéraires et si je l'avais lu avant, j'aurais certainement voté pour ce magnifique livre. J'ai eu le plaisir de le découvrir en commun avec Daphné.

Les Escales - 2017 - 448 pages





10 mars 2018

Le Roi de fer (Król z żelaza) - Maurice Druon

La nuit des béguines d'Alice Kiner, mon coup de cœur de l'année dernière, qui fait écho au procès des Templiers m'a donné envie de relire le premier volet des Rois maudits, "Le Roi de fer". Quand Ariane m'a proposé cette lecture commune, je n'ai pas hésité longtemps. J'avais découvert Les Rois maudits en version polonaise quand j’étais au lycée, il y a plus de 20 ans  déjà, et m'y plonger à nouveau des années plus tard a été un véritable plaisir.

Je ne me rappelais pratiquement plus rien des détails de l'histoire mais j'ai gardé le souvenir d'une lecture captivante se passant au Moyen-Âge, une période que j'aime beaucoup. Cette phrase décrit parfaitement bien ces temps obscurs:
"...en ces siècles où la moitié des femmes mouraient en couches, et les deux tiers des enfants au berceau, où les épidémies ravageaient l'âge adulte, où l'enseignement de l'Eglise préparait surtout à quitter la vie, et où les œuvres d'art, crucifixions, martyrs, mises au tombeau, jugements derniers offraient constamment la représentation du trépas, l'idée de la mort était familière aux esprits, et seule une manière exceptionnelle de mourir pouvait, un moment les émouvoir." 
Avec "Le Roi de fer" on pénètre dans les coulisses du pouvoir durant la dernière année du règne de Philippe le Bel: le procès des Templiers, la malédiction de Jacques de Molay, le sort des princesses adultères, la querelle d'héritage entre Robert d'Artois et sa tante Mahaut et la tentative de spoliation des banquiers lombards. Ces faits historiques et ces grandes figures du Moyen-Âge sont la trame d'une mise en scène passionnante que j'ai tout simplement adorée. 

J'apprécie beaucoup cette façon très romanesque de nous parler de la grande histoire où le vrai est enrichi par l'imaginaire. Je vais certainement poursuivre avec les tomes suivants de cette fameuse série historique dont je n'ai lu que les quatre premiers en polonais.

Je suis sûre qu'Ariane a partagé mon enthousiasme.

Le Livre de Poche - édition 46 - 2016 - 318 pages

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Król z żelaza. Królowie przeklęci

"Króla z żelaza" po raz pierwszy przeczytałam gdy byłam jeszcze w liceum i pamiętam, że pierwsze tomy "Królów przeklętych" pochłonęłam z wypiekami na twarzy. Z przyjemnością więc sięgnęłam po francuską wersję tego pasjonującego cyklu historycznego ponad dwadzieścia lat później, tym bardziej że większość detali umknęła mojej pamięci.

Średniowiecze to moja ulubiona epoka i Maurice Druon niezwykle barwnie opisuje te czasy wprowadzając nas na dwór Filipa Pięknego, który przyczynił się między innymi do upadku Zakonu Templariuszy. Jego ostatni mistrz po siedmiu latach niewoli ginie w 1314 spalony na stosie  rzucając klątwę na swoich trzech najbardziej znienawidzonych wrogów. Tak zaczyna się "Król z żelaza", którego lektura, podobnie jak przed laty, dostarczyła mi wielu wrażen.

Intryga goni intrygę, jest okrutnie bo autor nie stroni od szczegółowych opisów tortur ale też i namiętnie bo wątków miłosnych nie brakuje. Śledząc losy autentycznych i fikcyjnych bohaterów poznajemy prawdziwą historię Francji, którą Maurice Druon przekazał w bardzo efektowny sposób bo od książki naprawdę trudno się oderwać. Polecam nie tylko miłośnikom powieści historycznych.

Wydawnictwo Literackie - 1991 - 277 stron
Tłumaczenie Anna Jędrychowska



25 février 2018

Pays provisoire - Fanny Tonnelier

Le résumé et les premières critiques de ce roman promettaient une jolie histoire et j'ai été très contente de pouvoir le découvrir grâce à l'opération Masse critique de Babelio.

Amélie Servoz est une jeune modiste qui, après avoir passé quelques années à Saint-Pétersbourg, est obligée de quitter précipitamment la Russie, en raison des troubles précédant la prise de pouvoir des bolcheviques. Le cœur lourd, elle abandonne son atelier et décide de retourner en France en contournant les pays ennemis car la guerre fait rage depuis trois ans déjà et ce périple ne sera pas des plus faciles. 

Amélie quitte la capitale russe en train en passant par la Finlande, la Suède et la Norvège, elle s'embarque sur un bateau pour l'Ecosse où elle fait escale. Ensuite, elle emprunte un caboteur jusqu'à Folkestone avant l'ultime traversée pour rejoindre les côtes françaises. 

J'ai aimé cette fuite en compagnie d'Amélie, une femme déterminée, indépendante et passionnée par son métier. Le récit de cette aventure périlleuse est entrecoupé par les souvenirs d'Amélie, son enfance à Paris auprès de parents plumassiers, ses premiers pas en tant que modiste, ses heureuses années à Saint-Pétersbourg et ses amours. 

Malgré quelques reproches que je pourrais faire; une histoire un peu trop convenue parfois cousue de fil blanc et une image stéréotypée de la Russie, ce fut une lecture assez sympathique. C'est très romanesque, l'héroïne est très attachante, les descriptions de son métier sont intéressantes et l'écriture est plaisante. Finalement, j'ai bien aimé ce premier roman en dépit de quelques imperfections.

Alma Éditeur - 2018 - 256 pages
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23 février 2018

Les mots qu'on ne me dit pas - Véronique Poulain

Ce petit livre déniché dans notre mini bibliothèque au travail m'a été conseillé par ma collègue qui l'a trouvé drôle et touchant. Et c'est exactement ce que je me suis dit après la lecture de cet étonnant témoignage.

C'est l'histoire d'une famille atypique. Les parents de Véronique Poulain sont sourds-muets mais elle ne l'est pas. Ce n'est pas toujours facile quand ses propres parents ne peuvent pas vous entendre mais ce n'est pas la fin du monde non plus, on peut être très heureux et on peut grandir normalement dans une famille de sourds. 

Véronique Poulain partage son quotidien, décrit son enfance et son adolescence et elle le fait avec beaucoup d'humour et de sincérité. "Les mots qu'on ne me dit pas" regorge de petites anecdotes familiales, souvent très drôles. Ses parents l'agacent parfois mais elle en est aussi extrêmement fière et ce livre en est la preuve.

J'ai adoré suivre cette famille qui me rappelle un peu la mienne. J'ai une grande tante qui est sourde-muette, ma mère et elle ont grandi ensemble et elles communiquent facilement par signes. Leurs gesticulations quotidiennes ont accompagné mon enfance polonaise mais je n'ai malheureusement jamais appris le langage des signes. Une sœur de ma grande tante, sourde-muette également, s'est mariée avec un sourd et tous les deux ont immigré en Allemagne de l'Ouest. Je ne les ai jamais connus mais ils ont eu une fille qui s'appelle Eva, comme la cousine de Véronique Poulain. Eva a épousé un français et nous nous sommes retrouvées en France à l'âge adulte. Je suis sûre que ce livre, que je ne manquerai pas de lui offrir, lui fera beaucoup de plaisir car elle aussi a grandi avec des parents sourds.

Stock - 2014 - 144 pages

21 janvier 2018

Les déferlantes - Claudie Gallay

Cette lecture a été un peu particulière car je l'ai interrompue en plein milieu. Il y a plus de deux ans maintenant j'avais enregistré le téléfilm avec Sylvie Testud que je m'étais promis de visionner une fois le roman lu. Sauf que le changement d'opérateur internet m'a prise un peu au dépourvu et je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'au bout du roman avant le retour de l'enregistreur à l'ancien fournisseur.

La narratrice est une jeune femme qui essaie de se reconstruire après la perte de celui qui a partagé sa vie. Engagée par un centre ornithologique, elle décide de s'installer près de la Hague balayée par les vents et les tempêtes. Elle fait la connaissance de ses habitants: Lili qui tient un café et s'occupe de sa vieille mère, Théo, l'ancien gardien du phare qui est aussi le père de Lili, Morgane et son frère Raphaël et Florelle qui erre sur la plage. L'arrivée de Lambert qui vient vendre la maison de ses parents va troubler le quotidien du village. Cet homme rappelle à la narratrice l'être cher emporté trop tôt par la maladie mais sa présence va aussi mettre à jour le secret d'un drame survenu bien des années auparavant.

Même si j'ai plutôt aimé le téléfilm, ses paysages, la musique, le jeu des acteurs, j'ai beaucoup plus apprécié le livre qui l'a inspiré car on ne peut pas parler ici d'une fidèle adaptation. C'est donc avec plaisir que j'ai repris la lecture pour retrouver tous les personnages qui n'étaient pas présents dans le film et qui font tout le charme de ce joli roman; la petite Cigogne et ses crayons, Monsieur Anselme et ses histoires sur Prévert, Raphaël et ses sculptures, Max et son bateau.

J'ai aimé l'ambiance que ce roman dégage, son décor maritime, son intrigue, ses secrets, ce quotidien fait de choses simples, ses personnages singuliers et attachants et enfin l'écriture sobre de Claudie Gallay. Une belle découverte.

Editions Babel - 2011 - 560 pages
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20 décembre 2017

La vie d'une autre (Cudze życie) - Frédérique Deghelt

Un roman qui traînait depuis quelque temps dans ma bibliothèque, une auteure que je n'avais jamais lue avant et un scénario prometteur, je m'attendais à une jolie découverte.

Un matin Marie se réveille et se rend compte qu'elle n'a aucun souvenir des douze dernières années de sa vie. Elle découvre avec stupéfaction qu'elle est mariée à l'homme dont elle vient juste de faire connaissance la veille et qu'elle a donné naissance à trois enfants. Tout en cherchant à savoir ce qui a provoqué cette amnésie elle profite pleinement de son "nouveau" statut d'épouse et de mère aimante. Elle choisit soigneusement ses confidents en faisant très attention de ne pas se faire démasquer, surtout par son propre mari.

Même si je n'ai pas cru une seconde à cette histoire, j'ai bien aimé la première partie du livre où Marie tombe des nues et redécouvre le monde qui l'entoure. Et puis, à mon avis, cela commence à tourner un peu en rond, les mêmes questions reviennent en boucle; que s'est-il passé? Dire ou pas la vérité? Et si la mémoire ne revenait jamais? 

Marie mène une vie confortable, est en analyse chez son psy, un ami de la famille, se rend à ses cours de théâtre, va chez son esthéticienne, passe les weekends à la campagne et cette vie de bourgeoise m'a finalement pas mal ennuyée. Une déception donc malgré un début plutôt engageant.

Le Livre de Poche - 2010 - 256 pages

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Cudze życie

Książka trafiła na moje półki już jakiś czas temu i skoro tak się stało, musiałam wcześniej przeczytać o niej jakieś pozytywne opinie bo rzadko się zdarza, że robię zakupy w ciemno nie sugerując się ocenami czytelników. Nieznana mi do tej pory francuska pisarka i oryginalny scenariusz wróżyły przyzwoitą i przyjemną w odbiorze lekturę. Tak było na początku, no może do połowy. 

Marie budzi się pewnego dnia u boku mężczyzny, którego poznała dzień wcześniej, ze zdumieniem stwierdzając  że czas zatrzymał się dwanaście lat temu i absolutnie nie pamięta co się przez ten okres wydarzyło. A wydarzyło się sporo; poślubiła przystojnego aktora i została matką trójki dzieci. Ta część powieści, w której główna bohaterka odkrywa na nowo otaczający ją świat była całkiem ciekawa. Marie starannie wybiera swoich powierników nie chcąc zdradzić się z tym co się jej przydarzyło i niezle jej to wychodzi. Korzysta z nowej roli kochającej (czyżby?) żony i matki jednocześnie doszukując się przyczyn tej zagadkowej utraty pamięci.

Chociaż ani przez chwilę nie uwierzyłam w tę historię, jej początek naprawdę mnie zaintrygował. Jednak moj entuzjazm malał z każdą przewracaną stroną bo pytania, które od początku zadaje sobie Marie, wałkowane są do znudzenia do samego końca. Do tego jej beztroska (pomijając amnezję) paryska egzystencja bardziej mnie irytowała niż imponowała.

Trochę szkoda, bo przecież nieliczne francuskie powieści doczekują się polskiego tłumaczenia i liczyłam na to, że będę mogła ją z czystym sumieniem polecić. Ta akurat mi nie przypadła do gustu ale całkiem możliwe, że niektórym się spodoba, tym bardziej, że napisana jest w zgrabnym i dość łatwym w odbiorze stylu.

Świat Książki - 2010 - 240 stron - Tłumaczenie: Krystyna Szerzyńska-Maćkowiak