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21 avril 2017

Certaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka


J'ai commencé ce roman il y a quelques mois en version audio. N'étant pas habituée à ce genre de lecture qui nécessite beaucoup plus de concentration, je l'ai abandonnée en me promettant tout de même de terminer ce livre de façon traditionnelle. Aujourd'hui c'est chose faite et si, cette fois-ci, le support papier m'a permis d'aller jusqu'au bout, cette lecture s'est avérée une déception.

L'histoire de ces Japonaises qui au début du XX ème siècle ont quitté leur pays pour épouser des inconnus de l'autre côté de l'océan, m'était inconnue. Les espoirs de ces jeunes femmes pour trouver une vie meilleure auprès d'époux aimants dans un pays accueillant se sont vite évanouis. Je ne connaissais rien de leurs parcours difficiles, leurs souffrances et leur solitude dans une Amérique qui leur devenait de plus en plus hostile. Si j'ai trouvé le sujet intéressant, si j'ai pu grâce à cette histoire approfondir mes connaissances, je n'ai pas du tout adhéré à la forme du roman. Les longues séquences des faits et des gestes écrites à la première personne du pluriel m'ont lassée et m'ont enlevé toute empathie envers ces nombreuses héroïnes anonymes. Certes, original, ce procédé m'a empêchée d'apprécier ce roman que je n'aurais sans doute pas terminé, s'il avait été plus volumineux. Dommage.

✮✮✰✰✰

Phébus - 2012 - 144 pages



27 février 2017

Le Garçon - Marcus Malte

Le Garçon n'a pas de nom et ne prononce aucun mot. Isolé du monde dans son enfance, il est obligé de l'affronter en suivant son instinct, à la mort de sa mère. Depuis un village perdu, à travers la montagne du Jura jusqu'à une belle maison de campagne puis des quartiers bourgeois parisiens jusqu'aux tranchées de la 1ère Guerre le lecteur traverse la France sur une période d'une trentaine d'années.

Certains passages de cette fable pleine de poésie m'ont touchée mais d'autres m'ont lassée. Si ce personnage solitaire est surprenant et original, il n'a pas suscité assez d'empathie pour que je m'y attache. J'ai beaucoup aimé la période où il est accueilli par les habitants d'un village perdu ou quand il parcourt la montagne dans une roulotte en compagnie de Brabek mais les passages sur la guerre et ses atrocités m'ont parfois ennuyée par quelques longueurs.

L'écriture est remarquable, très sensuelle quand elle décrit l'amour entre le Garçon et Emma, vive et acerbe quand il s'agit des abominations de cette guerre et de ses sacrifices parfois inutiles. Très admirative de cette narration à portée universelle, je suis pourtant restée à côté de cette histoire qui ne m'a pas enthousiasmée autant que je l'aurais souhaité.

Petit accent polonais:
La mère d'Emma, Laure Koslowski, était la veuve d'un diplomate d'origine polonaise avant d'épouser Gustave Van Ecker, le père d'Emma.

Quelques citations:
... souvent compte davantage l'idée qu'on se fait des choses que les choses elles-mêmes.
L'homme peut tout inventer. Il peut tout créer et il peut tout détruire. Au choix. C'est lui, c'est lui seul qui a la boule d'argile au creux de sa main. Que va-t-il en faire? Faut voir... Tout dépend, en fait, de la sorte d'homme à qui appartient la main. Si c'est un savant. Si c'est un soldat. Et si c'est un poète?
Il n'existe aucune autre créature sur terre, disait le médecin, qui puisse s'enorgueillir de mettre autant d'intelligence, autant d'imagination, autant de talent dans la façon d'occire son prochain. Aucune qui consacre autant de temps et de moyens à la destruction de ses propres congénères.
J'ai partagé cette lecture avec Jostein, Eimelle et Joëlle qui l'ont beaucoup aimée.

 Prix Femina 2016

✮✮✮✩✩
Présentation de l'éditeur: Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct. Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.
Zulma - 2016 - 544 pages


2 janvier 2016

La cache - Christophe Boltanski



A Paris, rue de Grenelle


Le dernier Femina. J'ai plutôt apprécié les quelques livres primés lus auparavant donc je n'ai pas vraiment hésité avant de l'acheter. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé mais je suis un peu déçue d'être restée sur ma faim.

Une famille, celle de l'auteur dont il parle assez librement en utilisant un procédé original. L'histoire est dévoilée au fur et à mesure qu'on se déplace dans l'appartement de la rue de Grenelle où chaque pièce évoque des souvenirs, un tel ou un autre membre de cette famille, un peu excentrique et pas tout à fait comme les autres En passant par la cuisine avec un frigo souvent vide, la salle de bains peu utilisée, la fameuse cache où son grand-père a passé vingt mois et qui lui a probablement sauvé la vie, la chambre - camping sans oublier la voiture - un véritable lieu de vie, l'auteur nous confie l'histoire des siens. Les grands-parents au centre, puis Niania, l'arrière grand-mère, les oncles, la tante mais très peu de choses sur les parents.

Pas d'ordre chronologique, ce qui est un peu déstabilisant au début car on se sent parfois perdu dans ce flot de souvenirs. Quelques passages intéressants, parfois drôles mais aussi quelques longueurs. Une sorte de saga familiale dont la lecture était assez agréable mais qui ne m'a pas vraiment passionnée ni touchée.

Quatrième de couverture:
"Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l'a transmise très tôt, presque à la naissance."

Que se passe-t-il quand on tète au biberon à la fois le génie et les névroses d'une famille pas comme les autres, les Boltanski? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un "entre-deux", comme un clandestin? Quel est l'héritage de la peur, mais aussi de l'excentricité, du talent et de la liberté bohème? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d'ombre qui aurait pu tout engloutir?

La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongé dans les arcanes de la création, une éducation insolite "Rue de Grenelle", de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui. Et la révélation d'un auteur.

Stock - 2015 - 335 pages

Prix Femina 2015                                                     sorti de ma
                                               
                     LIEU chez Enna